Le lavage de la laine en suint en Serbie

Le lavage de la laine en suint en Serbie

Fabrication - 05/08/2017

Dans les produits Revolana, nous utilisons la laine de moutons de Serbie. Cette laine est collectée auprès de nombreux petits éleveurs dans le Sud de la Serbie. Son lavage est réalisé localement à Vučje près de Leskovac. Il se fait artisanalement, à petite échelle, avec une eau de source très peu calcaire.

Étape 1 – Le triage

Les toisons qui arrivent pour le lavage sont en général d’un seul tenant. Ce sont les poils emmélés, le suint (la graisse des poils) et les impuretés comme des bouts de végétaux qui les rendent solidaires.

Les toisons de laine en suint avant triage.
Les toisons de laine en suint avant triage.

Le triage consiste à séparer la toison selon des zones de qualité homogène, qui diffèrent selon l’emplacement sur l’animal. La laine de meilleure qualité est obtenue sur les épaules et les flancs (en vert sur la photo). Cette laine pourra servir à la filature ou pour produire les nappes de laine pour les couettes. La laine de moins bonne qualité est celle du haut des pattes et du dessus. Elle pourra être cardée pour produire du feutre ou de la nappe de laine. Enfin, la laine des pattes, de la queue et du dessous ne pourra servir que pour produire des tapis ou de l’isolant.

Les zones de différentes qualités sur une même toison. En vert les zones de meilleures qualités, en bleu moins bonnes et en marron les moins qualitatives.
Les zones de différentes qualités sur une même toison. En vert les zones de meilleures qualités, en bleu moins bonnes et en marron les moins qualitatives.

Plusieurs critères sont utilisés pour juger de la qualité de la fibre de laine.

  • La finesse des fibres : la finesse dépend de la race du mouton et pour un même mouton de la zone sur la toison. Les races de moutons avec lesquelles nous travaillons ont une épaisseur autour de 28~35 microns. Plus la laine est fine, plus elle est douce.
  • La longueur des fibres : les fibres longues sont les plus qualitatives et celles qui donneront le meilleur résultat à la filature. Les fibres longues font plus de 15cm tandis que les courtes font moins de 8cm.
  • La résilience et l’élasticité : les fibres de moins bonne qualité se cassent plus facilement et sont moins élastiques. Pour les couettes et les oreillers, les fibres élastiques sont celles qui donnent le plus de gonflant.
  • Ondulée ou frisée (crimp en anglais) : la fibre possède de nombreux petits zigzags. Ces ondulations favorisent un filage de qualité et font une laine plus gonflante.
  • La couleur : la laine blanche est recherchée car elle peut être teintée. La laine de couleur naturelle doit être triée pour ne pas poser problème dans un lot de laine blanche.
  • Pas de jarre : le jarre est un poil épais qui pousse parfois au milieu de la laine. Les moutons sont sélectionnés pour ne pas produire de jarre.

Le triage est un travail difficile. Les toisons sont grasses et peuvent contenir des épines ou toutes sortes de débris végétaux piquants. Les mains des travailleurs doivent être endurcies pour ne plus sentir les piqûres.

Étape 2 – L’ouvreuse

A l’état brut, la laine contient une grande partie de graisse et d’impuretés diverses. Celles-ci peuvent représenter plus de la moitié du poids de la laine en suint. La laine doit donc subir plusieurs opérations pour la nettoyer.

Le suint est produit par l’animal pour le protéger. Il peut être récupéré lors du lavage puis raffiné pour produire la lanoline qui est utilisée dans la cosmétique.

Avant le lavage la laine passe dans une machine appelée une ouvreuse. Cette opération se fait à sec. Elle permet de dépoussiérer la laine, de casser la toison en plus petits morceaux et de retirer le plus gros des impuretés tout en ouvrant les fibres. L’ouvreuse comprend un rouleau armé de nombreuses dents à bout rectangulaire assez épaisses qui tourne à grande vitesse. Au contraire de la louveteuse qui est utilisée avant la cardage, l’ouvreuse n’a pas de dents pointues pour ne pas déchirer les fibres de laine. Le but de l’ouvreuse est véritablement de casser la toison en plus petits morceaux qui seront bien plus faciles à laver.

Introduction de la laine en suint dans l’ouvreuse.
Introduction de la laine en suint dans l’ouvreuse.
Gros plan sur le rouleau à dents à l’intérieur de l’ouvreuse.
Gros plan sur le rouleau à dents à l’intérieur de l’ouvreuse.
La sortie de la laine de l’ouvreuse.
La sortie de la laine de l’ouvreuse.
Un modèle ancien de louveteuse avec des dents pointues. La louveteuse est utilisée avant le cardage mais pas avant le lavage.
Un modèle ancien de louveteuse avec des dents pointues. La louveteuse est utilisée avant le cardage mais pas avant le lavage.

Étape 3 – Le lavage

Le lavage est réalisé par le passage en continu de la laine dans 5 bains chauffés, pour accroître leur pouvoir émulsifiant, à une température supérieure au point de fusion du suint soit autour de 58°C. Les produits dégraissants utilisés sont le carbonate de sodium Na2CO3 et du savon écologique à faible concentration. Le carbonate de sodium est un sel de sodium de l’acide carbonique qui n’est pas toxique pour l’environnement. Dans le langage courant, on le trouve en poudre sous le nom de cristaux de soude et en solution sous le nom de soude.

Importance de la pureté de l’eau

Pour le lavage de la laine, il est indispensable d’avoir de l’eau qui, au point de vue chimique, soit aussi pure que possible. L’eau dure (calcaire) coupe le savon, fait des grumeaux poisseux qui s’attachent à la fibre de laine, s’éliminent difficilement et causent de nombreux ennuis dans les opérations suivantes de la fabrication.

Notre lavage utilise l’eau de la rivière Vučjanka qui passe sur le site et est l’une des moins calcaires d’Europe. Le fait que cette eau soit très peu calcaire permet de ne pas avoir à la traiter et d’utiliser le savon à de très faibles concentrations.

Le canyon du Vucjak sur la rivière Vučjanka en hiver, en amont de la station de lavage de laine. On voit la centrale MHE Vučje plus bas.Le canyon du Vucjak sur la rivière Vučjanka en hiver, en amont de la station de lavage de laine. On voit la centrale MHE Vučje plus bas.
Le canyon du Vucjak sur la rivière Vučjanka en hiver, en amont de la station de lavage de laine. On voit la centrale MHE Vučje plus bas.

Pour l’anecdote, sur la rivière Vučjanka en amont, se trouve une petite centrale hydroélectrique (MHE Vučje) qui est la deuxième plus ancienne centrale hydroélectrique de Serbie. Elle a été construite en 1903 par le professeur Djordje Stanojevic, ami de Nikola Tesla. Elle a été ouverte, symboliquement, le même jour en 1903 que le jour de la libération de Leskovac de l’occupation turque en 1877. Elle est toujours en activité de nos jours avec une puissance installée légèrement supérieure à 1 MW. En 2005, elle a été incluse dans le patrimoine mondial de la technologie, qui ne comporte qu’une soixantaine d’objets.

La centrale hydroélectrique MHE Vučje au fil de la rivière Vučjanka.La centrale hydroélectrique MHE Vučje au fil de la rivière Vučjanka.
La centrale hydroélectrique MHE Vučje au fil de la rivière Vučjanka.

La machine de lavage

La machine de lavage est un monstre de métal massif venant de Belgique qui date de 1942. Elle fait toujours un travail remarquable. Elle comprend un système d’introduction de la laine, un bac de trempage, 5 bacs de lavage successifs et un système de sèchage.

La machine de lavage de la laine est un objet massif.
La machine de lavage de la laine est un objet massif.
De haut en bas et de droite à gauche, le bac de trempage, un des bacs de lavage, le bloc de séchage et la roue d’entrainement gravée « Ateliers Victor Charpentier S.A. à Dolhain Belgique, 1942 ».
De haut en bas et de droite à gauche, le bac de trempage, un des bacs de lavage, le bloc de séchage et la roue d’entrainement gravée « Ateliers Victor Charpentier S.A. à Dolhain Belgique, 1942 ».

Le chauffage de l’eau

L’eau de lavage est chauffée avec une chaudière à bois. Cette même chaudière est utilisée pour chauffer l’air dans le bloc de sèchage.

Le système de chauffage et de distribution de l’eau.
Le système de chauffage et de distribution de l’eau.

Le traitement de l’eau de lavage

Avant d’être remise à la rivière, l’eau passe par des bacs de décantation. Le mélange de graisse et de débris végétaux est récupéré dans des bacs de décantation pour être utilisé en compost.

Introduction de la laine dans la machine

La laine est introduite manuellement dans la chargeuse qui l’entraîne vers le bac trempage. La chargeuse se compose d’un tapis muni de griffes et d’un système avec deux barres équipées de pointes metalliques qui régule la quantité de laine entraînée sur le tapis.

Le trempage

La laine passe dans un premier bac de trempage. Le but du trempage est d’enlever le maximum d’impuretés solubles dans l’eau comme la terre.

La machine de lavage en action est vraiment imposante.
La machine de lavage en action est vraiment imposante.

La laine entraînée par la chargeuse se déverse dans le bac de trempage.

La laine sort du trempage, est essorée, puis rentre dans le premier bac de lavage.

Les bacs de lavage

La laine passe ensuite par 5 bacs successifs. De longues griffes métalliques brassent la laine dans chaque bac et la pousse vers la sortie où un rouleau entraîne la laine vers le bac suivant. La laine est essorée à la sortie de chaque bac. Les bacs contiennent de l’eau pure éventuellement additionnée avec le carbonate de sodium ou le savon. On a les concentrations suivantes :

  • Bac 1 – carbonate de sodium Na2CO3 0,1% destiné à ouvrir les mèches de la laine et à dégraisser.
  • Bac 2 – savon 0,025% : dégraissage.
  • Bac 3 – savon 0,05% : dégraissage.
  • Bac 4 – Eau pure : rinçage.
  • Bac 5 – Eau pure : rinçage.
Tout le mécanisme de la machine est à base de roues crantées entraînées par des chaines de transmission.
Tout le mécanisme de la machine est à base de roues crantées entraînées par des chaines de transmission.

A la sortie du bac de lavage, la laine est déposée délicatement à l’entrée du rouleau d’essorage à l’aide d’une pelle à griffes.

Sortie du lavage

A la sortie du lavage, la laine est essorée entre 2 rouleaux une dernière fois puis elle arrive à l’entrée du bloc de séchage.

Le séchage

L’admission de la laine dans le bloc de séchage se fait avec une chargeuse similaire à celle de l’entrée de la machine. La chargeuse régule la quantité de laine qui arrive dans le bloc de séchage.

Le bloc de séchage est une soufflerie d’air chaud surdimentionnée qui enlève le plus gros de l’humidité de la laine.

Sortie de la laine lavée et séchée du bloc de séchage

La simple comparaison des toisons de laine en suint depuis lesquelles nous sommes partis, à la laine issue du lavage permet de réaliser l’importance de la transformation.

Mise en contraste de la laine en suint avant triage et de la laine lavée.
Mise en contraste de la laine en suint avant triage et de la laine lavée.

Prochaine étape : le cardage

A l’issue du lavage, la laine est éventuellement emballée dans des balles pour être livrée aux utilisateurs. Elle est prête à être cardée pour fabriquer du fil ou des nappes. Cette étape fera l’objet d’un prochain article.

Laine lavée en attente d’être mise en balles.
Laine lavée en attente d’être mise en balles.
Détail sur la laine issue du lavage.
Détail sur la laine issue du lavage.

Vidéo du lavage